Roman publié en 1984 (Folio).

Extrait n°1

«   Oui, c’était cela même, l’université. Cette année décevante, ces cours d’histoire, de littérature et de philosophie auxquels il s’était inscrit à San Marcos. Très vite il en était arrivé à la conclusion que ces professeurs souffraient d’une vocation atrophiée si tant est qu’ils avaient éprouvé une fois de l’amour pour les chefs d’œuvres, pour les grandes idées. A en juger d’après ce qu’ils enseignaient et les travaux qu’ils demandaient à leurs élèves, dans la tête de ces médiocrités soporifiques une inversion s’était produite. Le professeur de littérature espagnole semblait convaincu qu’il était plus important de lire ce que monsieur Léo Spitzer avait écrit sur Lorca que les poèmes de Lorca, ou le livre de monsieur Amado Alonso sur la poésie de Neruda que la poésie de Neruda, et le professeur d’histoire était plus préoccupé par les sources de l’histoire du Pérou que par l’histoire du Pérou ; quant au professeur de philosophie, il s’attachait davantage à la forme des mots qu’au contenu des idées et à leur répercussion sur les faits… La culture les avait disséqués, transformés en savoir vaniteux, en érudition stérile séparée de la vie. Il s’était dit alors que c’était ce qu’on pouvait attendre de la culture bourgeoise, le prototype inévitable de l’idéalisme bourgeois, cette façon de se couper de la vie et il avait abandonné l’université dégouté, convaincu que la véritable culture était brouillée avec celle qu’on enseignait là-bas. » (p80)